Je vous écris de chez moi.
Cette phrase en apparence anodine est loin de l’être. Ma dernière newsletter date du 19 Décembre.
Deux mois que je ne vous ai pas donné de nouvelles.
Et pour cause.
Voilà maintenant 15 jours à peine que j’ai réintégré mon appartement. Et il m’a fallu du temps pour atterrir.
Me remettre des deux derniers mois qui ont été particulièrement éprouvants.
Je sais que l’idée de ce journal d’une transformation intérieure était de vous partager mes pensées au fur et à mesure du projet, mais je dois admettre que quand on traverse une tempête, la priorité n’est pas de l’écrire, mais bien juste de la traverser. Et survivre.
Survivre. Le mot paraît un peu fort écrit. Pourtant, pour mon système nerveux malmené, c’était bien ça. Une question de survie.
Un jour après l’autre, un problème à la fois.
Parce qu’un chantier qui ne se déroule pas comme prévu, c’est une épreuve pour les nerfs. Et ça a des impacts sur notre bien-être, notre sérénité, notre sommeil, notre appétit, notre humeur, nos relations… bref, ça secoue tout !
Depuis 15 jours que je suis dans l’appartement, ma priorité numéro une a donc été simplement celle-là : prendre soin de moi. Récupérer.
Si j’ai certes vidé mes cartons rapidement (studio oblige si on veut pouvoir circuler), il reste pas mal de choses à ranger/trier/ajuster. Encore plusieurs points sont en attente de reprises par l’entreprise. Dans le jargon, on appelle ça des réserves.
Ce qui fait que j’ai eu un peu de mal à réaliser au début. Je n’ai pas sauté de joie au plafond en me disant : ça y est, c’est fini ! Non, la réalité était bien différente du fantasme, et m’a laissé un peu sur la réserve (sans vouloir jouer sur les mots😉).
Le déménagement a eu raison de mes dernières forces et 5 jours après l’emménagement, j’étais malade, signe que mon corps réclamait un temps mort, un peu de repos.
Alors nous voilà, 10 jours plus tard, et je commence à peine à réaliser.
Je commence à retrouver mes routines dans ce lieu si cher à mon cœur que je ré-apprivoise petit à petit.
Parce que oui, après un tel chantier, il faut se ré-apprivoiser. Lui comme moi ne sommes plus tout à fait les mêmes que quand on s’est quitté en juillet dernier.
Tout est neuf, tout est beau, mais il y a les choses qu’on n’avait pas forcément anticipé (mise à part les fameuses réserves en attente de traitement par l’entreprise).
C’est le rêve à l’épreuve de la réalité.
Toujours est-il que ces dernières semaines ont été riches d’apprentissages, alors voici les principales leçons que j’en ai tiré :
En chantier, comme en amour, on ne communique jamais trop
Ce qui est évident pour soi ne l’est pas forcément pour l’autre. Ce que l’on croit implicite mérite souvent d’être explicité. Dire les choses, même celles qui nous semblent “aller de soi”, évite bien des interprétations et des malentendus. Alors oui, on oublie parfois de préciser… mais formuler nos évidences, c’est déjà prendre soin de la relation.
Nous sommes des êtres câblés pour voir ce qui ne va pas
On dit qu’il faut en moyenne trois compliments pour contrebalancer une critique. Sur un chantier, l’équilibre est vite rompu. Même si plusieurs points avancent correctement, il suffit de deux sujets en suspens pour avoir l’impression que rien ne va. Ce biais de négativité est utile pour maintenir un niveau d’exigence, mais mal apprivoisé, il peut vite nous tirer vers le bas. Apprendre à voir aussi ce qui fonctionne devient alors un véritable exercice pour garder confiance !
Ne sous-estimons pas l'impact d'une vie en suspens
Ne pas savoir quand un projet va se terminer est une épreuve pour le système nerveux. On ne sait plus à quoi se raccrocher quand l’échéance recule sans cesse. On s’organise, on planifie, et puis hop, on doit tout changer, adapter, décaler, annuler… Si bien qu’à force, on n’ose plus se projeter. On vit au jour le jour, faute de pouvoir construire une perspective. Oui, le moment présent est précieux. Mais nous sommes aussi des êtres qui avancent grâce à la projection. Sans horizon, le moral vacille.
Acceptons que parfois, on ne savoure pas le chemin
Vous l’aurez compris avec les leçons précédentes, parfois, ce qu’on traverse, c’est un moment difficile, et c’est tout. On en tirera sûrement des leçons plus tard (comme ce que je suis en train de faire), mais sur le moment, c’est dur. C’est douloureux. C’est épuisant. Et parfois, il faut simplement savoir le reconnaître pour pouvoir prendre soin de soi. Et non ce n’est pas un échec. N’ajoutons pas de la culpabilité au mal-être en se flagellant de ne pas être capable de savourer le chemin autant que la destination.
Ayons à cœur de célébrer les arrivées
Il y a cette phrase du développement personnel qui dit « On n’est jamais arrivé, toujours en chemin ». Mais donnons-lui une nouvelle perspective ! Bien-sûr que si parfois on arrive ! Et heureusement ! Quand un projet aboutit, après un chemin laborieux, il est sain de reconnaître l’arrivée ! Certes, on se remettra en chemin : à l’échelle de la vie, on n’est peut-être jamais arrivé, mais pour une fois, concentrons-nous sur une étape à la fois. Et si le chemin était aussi ponctué d’une multitude d’arrivées ? D’une multitude d’étapes intermédiaires pour nous permettre de respirer ? Reprendre notre souffle avant de se remettre en route. Alors n’oublions pas de célébrer ces arrivées, et profitons-en pour reprendre des forces.
C’est en tous cas ce que j’essaye de faire pour le moment.
Reprendre mon élan.
Il y a encore plein d’apprentissages que j’aimerai vous partager sur ce chantier, des leçons plus personnelles, car une chose est sûre, un chantier est un formidable terrain d’apprentissage sur soi. Mais cela fera l’objet d’une autre newsletter car celle-là est déjà assez longue ainsi.
Je sais que vous attendez avec impatience les photos de l’avant-après, mais j’ai besoin de prendre un peu de temps avant de faire un shooting photo digne de ce nom. Je vous laisse donc avec quelques points de vue qui préservent encore un peu le mystère.